Caché sous l'occupation, il défend des sans-papiers

Par Simon Castel
Posté le 19/07/2010  à 12:19 |  lu 2918 fois |  1 réaction|
Imprimer l'article Suggérer à un ami Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte

Alors que l’on commémorait, en France et à Lyon ce dimanche 18 juillet, la “journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux Justes de France”, nous avons rencontré Georges Gumpel. Il fut un des nombreux enfants juifs cachés pendant la seconde guerre mondiale alors que sévissait la Gestapo et le régime de Vichy.

Un homme qui parle avec recul de cette période mais qui ne peut s’empêcher de faire le lien avec notre époque “pour que ces événements servent à la jeunesse”. Cette mémoire vivante milite pour que “le passé éclaire le présent”. Georges Gumpel n’hésite pas, à ce titre, à faire le lien avec la situation des sans-papiers qu’il connaît bien pour en avoir cachés à son domicile, comme lui le fut il y a presque 70 ans. Certains jugeront ce parallèle périlleux mais lui, assume. Militant à la fois pour l’Union Juive pour la Paix (qui se bat pour la reconnaissance d’un Etat palestinien) et proche des réseaux RESF, son histoire personnelle rend son engagement spontané.

“Les Justes sont des exemples.”

Georges, originaire de Lyon, est issu d’une famille française de confession juive. Alors que Klaus Barbie prend ses quartiers à Lyon en 1943, il est caché dans un internat religieux. Georges n’a jamais su si parmi les enfants de l’internat, d’autres étaient dans sa situation. Du haut de ses 6 ans, il ne s’est pas posé la question. Puis, pour des raisons qu’il ignore, son père le retire de l’internat et le confie à une famille de Montfaucon-en-Velay dans la Haute-Loire où il reste caché pendant 9 mois. “Eux, c’était des vrais Justes”, confie-t-il.

Georges avoue se rendre de temps en temps à la maison d’Izieu. Cette année, il s’y est rendu pour la commémoration du 18 juillet avec sa petite fille. On y inaugurait une exposition sur des policiers de Vichy qui se firent Justes en cachant des enfants juifs. “Je ne suis pas contre les fêtes nationales qui permettent de nous interroger, qu’elles fassent naître des engagements.

Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français.” Ces mots ne sont pas ceux de Georges, mais ceux de Jacques Chirac prononcés en 1995. Après 50 ans de déni, Georges et tant d’autres se félicitent encore du “courage” du président Chirac : la reconnaissance de la responsabilité de l‘Etat français dans les horreurs antisémites. C’est également sous Chirac qu’on greffa à cette journée, quelques années plus tard, en 2000, l’hommage aux Justes. “ll est très bien d’honorer ceux qui nous ont caché. Ils l’ont d’ailleurs fait pour des raisons multiples, avec plus ou moins de conscience politique mais l’important est qu’ils aient dit ‘non’. Les Justes sont des exemples.

“Nous sommes les sans-papiers d’hier”

Le sort des Juifs pendant la guerre ne doit pas faire l’objet d’un traitement historique à part, selon lui. “On entretient une spécificité juive qui rend cette mémoire non transposable à la situation actuelle, or l’exemple est, selon moi, universel”. La mémoire, Georges la rend vivante et utilisable dans la vie de tous les jours. Il la sème autour de lui, en se rendant dans les écoles de la région notamment.

Les commémorations rappellent le présent et l’histoire. Le passé éclaire le présent. Au XXIe siècle, on ne peut donner un sens à cette cérémonie que si on la relie à la situation actuelle. Ce qui était juste à notre égard l’est aujourd’hui pour des gens qui sont victimes des lois actuelles”. Car le combat de Georges depuis plusieurs années est la défense des sans-papiers. Son passé d’enfant caché et sa connaissance du sort des sans-papiers d’aujourd’hui l’amènent à certains rapprochements. “C’est ce que je dois aux gens qui m’ont caché”. Lui qui considère les Juifs comme “les sans-papiers d’hier”, reste en colère contre le caractère massif et la violence des expulsions. “Entre 1940 et 1943, il y a eu 75 000 juifs livrés aux Nazis, soit 25 000 par an. Aujourd’hui, près de 30 000 sans-papiers sont reconduits à la frontière tous les ans.” Il ajoute : “A l’époque, des lois punissaient ceux qui nous ont protégés et c’est la même chose aujourd’hui. La France d’aujourd’hui fait semblant de dire qu’il n’y a pas de lien entre rafle des juifs et rafle de sans-papiers mais il y a similitude dans les méthodes même si évidemment les expulsions ne mènent pas au four crématoire. Mais, dans les deux cas, une fois la frontière franchie, il y a un désintéressement total du sort de ces personnes. Certaines sont renvoyées dans des pays en guerre, d’autres sont menacées de mort dans leur pays d’origine...”.

Il conclut : “les gens victimes de expulsions sont nos frères. Notre conscience s’arrête-t-elle à la légalité ou nous dicte-t-elle de transgresser l’intolérable. C’est justement la leçon des Justes qui est valable pour l’humanité entière.”  

  • Actuellement 4.5 sur 5 étoiles
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Note : 4.56/5 (9 notes attribuées)

Merci d'avoir participé!

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre vote a éte changé.

VOS REACTIONS
1
Citoyen engagé à gauche toute, malheureusement en souffrance morale, après avoir été agressé et perdu son emploi.

Le message de cet homme exceptionnel, juste et humble, me touche profondément.

Il a raison.
Comme on raison tous les justes d'aujourd'hui, de s'engager pour aider les sans papiers.

Signaler un abus | le 20/07/2010  à 02:03 | Posté par  Yvan, de Lyon  

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.

ARTICLES LES PLUS LUS
Posté le 08/05/2012  |  lu 4805 fois
Posté le 10/05/2012  |  lu 3069 fois
Posté le 07/05/2012  |  lu 2359 fois
Posté le 03/05/2012  |  lu 2342 fois
Posté le 03/05/2012  |  lu 2263 fois
Posté le 02/05/2012  |  lu 2227 fois
Posté le 09/05/2012  |  lu 1901 fois
Posté le 14/05/2012  |  lu 1808 fois
Posté le 09/05/2012  |  lu 1742 fois
Posté le 07/05/2012  |  lu 1547 fois
VOS DERNIERS COMMENTAIRES
Depuis le premier jour de sa mise en service, la place Charles Hernu est un véritable coupe gorge pour les piétons avec une circulation à...
Posté par  Sophie_Lyon | le 21/05/2012 19:35
@Collombitude. Le régime Collomb réécrit l'histoire, ne sont pas socialistes pour rien.
Posté par  jerome manin | le 15/05/2012 16:13
Non vivons le dernier jour avant ka parenthèse sur la liberté de la presse RESISTANCE !
Posté par  jerome manin | le 15/05/2012 16:11
Ce film est extraordinaire il lève le voile sur les mantalités au quotidien. Et oui malheureusement en 2012 s'habiller en jupe est dans tous les...
Posté par  kamille86 | le 09/05/2012 17:29
Alors qu'une simple prolongation de la ligne A jusqu'à Montrochet aurait suffit, à terme c'est une 5ème ligne qui faudra créer.
Dire que Confluence est...
Posté par  capitaine papy | le 09/05/2012 09:22
Villeurbanne, Vénissieux et Oullins sont accessibles en métro, et pas la confluence, le nouveau centre de l'agglomération, le quartier modèle, la fierté de Collomb? C'est...
Posté par  marouf | le 08/05/2012 19:34
Vous voulez en savoir plus sur les vélos publics et notamment sur les Vélo'v ? - Des retours d'expériences françaises et étrangères
- Les autres...
Posté par  Mobiped | le 07/05/2012 20:28
Si M. Mercier s'est trompé en empruntant de façon très hasardeuse, il s'agit d'incompétence et il n'est pas le seul dans ce cas. Par contre...
Posté par  nonmaiscepaspourdire | le 05/05/2012 09:26
J'entends parfois des adultes parler de l'école comme d'un endroit néfaste où les enfants ne devraient pas aimer aller, j'en entends même sous-entendre qu'on y...
Posté par  JC | le 04/05/2012 20:49
Sarkozy a permis les dérives du Régime Collomb, on attend de Hollande un changement.
Posté par  jerome manin | le 03/05/2012 13:17
AU SOMMAIRE DU MENSUEL
RECHERCHE