Cendrillon, le Ballet recyclable !

Par Martine Pullara
Posté le 07/11/2011  à 12:35 |  lu 3106 fois |  Réagissez|
Imprimer l'article Suggérer à un ami Agrandir la taille du texte Diminuer la taille du texte

DANSE - Avec beaucoup de poésie, des costumes inventifs et une danse de belle qualité, Philippe Lafeuille revisite Cendrillon et le transforme en une fable écolo qui prône la créativité pour recycler nos déchets et nous faire rêver à un autre monde. A découvrir jusqu'au 12 novembre !

Chicos_Cendrillon 3 -® Dan Aucante ()
® Dan Aucante

Qui d’entre nous, lors d’une promenade sur la plage, n’a pas vu des sacs plastiques pour moitié ensevelis sous le sable, flottants au vent et destinés à recouvrir pour longtemps ces sols foulés par nos pieds ? La Cendrillon de Philippe Lafeuille commence par cette symbolique. D’énormes sacs poubelles posés sur la scène et  qui peu à peu deviennent mouvants, laissent apparaître des corps humains qui leur feront exécuter un ballet aérien. Nous sommes ce que nous produisons. Des immondices. Qu’allons-nous laisser à nos enfants dit aussi le chorégraphe ? Une société de surconsommation, un fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres et une planète qui s’asphyxie.  Dès lors, où sont  nos rêves, nos souhaits d’un autre monde ?

Pour aborder ce sujet, il utilise le conte de fée, ancré dans un imaginaire collectif et qui devient une fable contemporaine. Cendrillon, la souillon au destin tracé d’avance et qui est chargée de nettoyer les rejets des autres parviendra à transformer son statut d’enfant en celui d’une adulte et réalisera son rêve. Le propos de la pièce est basé sur  l’idée de la transformation, et qui permet ici, de recycler les déchets en utilisant la créativité pour s’inventer une autre monde. C’est ainsi que les éléments scéniques, les  costumes sont faits uniquement de bouteilles et sacs plastiques, de bouchons, de gobelets, de sacs poubelles… 

Un climat poétique

Très vite, Philippe Lafeuille instaure un climat poétique et parvient à nous détacher du réel pour nous proposer des éléments visuels simples et efficaces, nous donnant la possibilité de nous raconter notre propre histoire, de laisser émerger des émotions enfouies. Il y a le solo de Cendrillon dont le visage est entièrement recouvert d’une immense chevelure faite d’une serpillière et dont le corps parfois cassé, subit ou se bat avec la soumission. Un très beau moment de danse, tout en retenue et finesse.  Plus loin, apparait la marâtre portant une coiffe stupéfiante, entièrement constituée d’un sac poubelle et dont les contours sont finement ciselés. Il y a la pantoufle devenue matière aérienne, la robe de bal constituée de petits sachets plastiques en couleur et qui dans les mouvements prend une ampleur telle qu’on a l’impression qu’elle est faite de tissu.

Philippe Lafeuille essaime, nous surprend et nous transporte ailleurs, avec subtilité. Il aime aussi les ruptures et l’humour. Il manie parfaitement la théâtralisation de certaines scènes, comme la rencontre entre le prince et Cendrillon où les mimiques des danseurs projettent une multitude d’émotions, rappelant le cinéma muet ou les dessins animés de notre enfance. Il se joue du Kitch et introduit les voix des personnages de Walt Disney, il puise dans son imaginaire, ses souvenirs et  nous propose d’aiguiser les nôtres, histoire de se sentir vivants. La réussite de cette pièce vient aussi du fait qu’elle est pétrie d’une ambiguité qui jamais ne l’installe dans un genre artistique précis – Danse, pas danse,  théâtre, pas théâtre, réel et imaginaire, sérieux et drôle. On se sent ballotté entre notre regard d’enfant et d’adulte, tantôt tenu à distance, tantôt happé par l’originalité, la poésie ou le détail d’une scène… Comme si le chorégraphe nous renvoyait à notre propre chaos, nous faisant comprendre dans le même temps que nos vies peuvent être réversibles ! 

Cendrillon, Ballet recyclable de Philippe Lafeuille, à la Maison de la danse jusqu’au 12 novembre.

  • Actuellement 5 sur 5 étoiles
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Note : 5/5 (3 notes attribuées)

Merci d'avoir participé!

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre vote a éte changé.

0 commentaire

Il n'est pas possible de poster des commentaires au-delà de 60 jours après la publication de l'article.

ARTICLES LES PLUS COMMENTÉS
VOS DERNIERS COMMENTAIRES
"autoproclamé" Tout est dit. N'y aurait-il pas mieux à faire culturellement avec les subsides publiques qu'un Nième entre-soi municipal ?
Posté par  jerome manin | le 14/05/2012 19:07
Une équipe de super héros que le public aime déjà, des acteurs biens choisis, de l'humour, de l'action.. la mayonnaise prend ! Ajouté à cela...
Posté par  putoisblogueur | le 29/04/2012 17:23
Esprit critique  |  Hip-hop à la russe
Perso, je vais danser dans un super festival à la Croix-Rousse : Funambals.
Il y a deux gros bals folk ce soir et samedi....
Posté par  guidoline | le 30/03/2012 17:13
Je suis allée à l'avant première hier soir : j'ai aimé.
Si vous aimez l'humour d'Alain Chabas et de jamel, vous allez rigoler. Allez-y !...
Posté par  clairette | le 07/03/2012 22:10
Esprit critique  |  La faiblesse du poignet
Beau papier, venant qui plus est d'un arracheur de tibia notoire! Hornby et Pourriol, what else?
Posté par  drazen | le 29/01/2012 19:25
200 M.d'années hystériques après le big bang ?
Devinette
qu'est-ce?
une nouvelle aventure dans l'espace temps.Point barre
Posté par  un bon bateau | le 08/01/2012 14:06
Bien le comment alors buongiorno Bella comme dirait woody allen
Posté par  un bon bateau | le 08/01/2012 13:59
Et suivez le conseil d'une star tous les jours !
Posté par  conseilsdestars.com | le 07/01/2012 11:07
J'aime et Happy Endings et How I Met Your Mother. Attention toutefois, la première met deux ou trois épisodes avant de devenir vraiment plaisante. Dans...
Posté par  romain blachier | le 02/01/2012 20:16
Profitons en pour revoir "Vol au dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman !
Posté par  putoisblogueur | le 09/12/2011 16:55
AU SOMMAIRE DU MENSUEL
RECHERCHE